L’histoire tient souvent à peu de choses. Si notre département, et plus particulièrement ce territoire du Nord Essonne est profondément marqué par l’excellence scientifique et s’est forgé depuis l’immédiate après-guerre, une stature internationale dans le domaine de la Recherche, nous le devons notamment à cette promeneuse solitaire, calme, réfléchie, un rien distante qui parfois délaisse son laboratoire pour se recueillir dans la quiétude de la vallée de l’Yvette, de la vallée de Chevreuse ou sur les hauteurs du plateau de Saclay qu’elle aime arpenter depuis son enfance. Sous son aspect froid, un rien austère se cache l’un des plus grands esprits de son temps. C’est Irène Joliot-Curie, fille de Pierre et Marie Curie bien sûr, mais surtout découvreuse avec son mari Frédéric de la radioactivité artificielle, découverte majeure du XXème siècle qui leur vaudra en 1935 le prix Nobel de Chimie.
Ils seront tous les deux les principaux promoteurs du formidable développement de notre territoire qui en quelques années est devenu un pôle majeur de la recherche internationale constitué autour du CNRS, du CEA et bien entendu du Centre scientifique d’Orsay dont nous fêtons aujourd’hui le cinquantenaire.
Cependant il ne faut pas oublier que la richesse scientifique de ce territoire a été le résultat d’une volonté politique forte, son développement sera aussi à ce prix. La volonté initiale est celle de l’Etat, éclairé par des scientifiques d’exception et a conduite à l’installation des premiers laboratoires du CNRS à Gif-sur-Yvette en 1946, l’ouverture du centre nucléaire du CEA à Saclay en 1952, le transfert à Orsay d’une partie de la faculté des sciences de Paris en 1958, plus tard, dans les années 70, l’implantation de l’X à Palaiseau et de Supélec à Gif-sur-Yvette...
Aujourd’hui, dans un nouveau contexte, cette volonté doit aussi être portée par les élus locaux, en partenariat avec la communauté scientifique et les acteurs économiques. L’installation sur le plateau du synchrotron de troisième génération SOLEIL pour remplacer l’actuel accélérateur d’Orsay, a été sans doute notre première « conquête » sur ce terrain. Le centre scientifique d’Orsay, qui s’est constitué autour d’une identification forte au rayonnement synchrotron avec le laboratoire LURE a bien entendu vocation a devenir un partenaire privilégié de ce nouvel outil extraordinaire mis à la disposition des chercheurs.
En lançant un appel à projets pour labelliser des pôles de compétitivité, le Gouvernement a mobilisé les acteurs locaux ; toutes les forces vives du département ont dû travailler ensemble tant l’enjeu est de taille pour l’avenir de l’Essonne et de l’Ile-de-France. Sans préjuger de la sélection des projets, un pôle centré sur le plateau de Saclay et dédié aux logiciels et systèmes complexes, présentant des affinités certaines avec les activités de recherche développées à la Faculté de sciences d’Orsay, devrait voir le jour d’ici la fin de l’année.
Il faut que l’Université saisisse cette chance de repenser et de réaffirmer son rôle clef dans le développement de la Recherche, dans un contexte de compétition internationale. L’Université s’est engagée avec le LMD dans une réforme d’envergure des enseignements qui doit les ouvrir sur l’espace européen, elle doit également être un moteur de la nécessaire synergie entre les différentes composantes de l’enseignement supérieur et de la Recherche tant publique que privée de notre territoire.
La mutualisation des moyens par la création de collaborations entre les établissements et les organismes est déjà une réalité, on peut citer pour exemple MINERVE dans le domaine des microsystèmes de l’imagerie et des nano-sciences, POLA, le pôle Laser, DIGITEO, issu de la fusion du PCRI et de Num@tech, dans le domaine de l’informatique et des technologies numériques, JANNUS, dans le domaine de la sûreté nucléaire ou SUPRATECH qui prépare les accélérateurs du futurs, mais également l’installation sur le site de SOLEIL de la station d’étalonnage d’astrophysique.
La formalisation de ces rapports et la formidable impulsion que peut apporter la définition de ce pôle de compétitivité au développement de projets structurants est une chance pour le centre scientifique d’Orsay d’affirmer, comme partout dans le monde, le rôle clef des universités dans le pilotage de la recherche. C’est également un atout majeur pour assurer une visibilité internationale de la richesse et du potentiel unique de la recherche sur ce territoire du Nord-Essonne.