La réforme des retraites est le rendez-vous majeur de cette année. On touche là à une réforme vitale pour l’avenir des Français, tout comme la réduction de la dette et des déficits. Ceux qui sont concernés, ce ne sont pas les retraités d’aujourd’hui, mais ceux de demain, c’est-à-dire nos enfants !
Nous en sommes au début des discussions, avec les partenaires sociaux, mais aussi avec les Français. A ce stade, il n’est pas inutile que chacun ait en tête les grands enjeux, les grands équilibres, sans dogmatisme, sans démagogie, mais en regardant ce qui se fait ailleurs et en tenant compte de données objectives (démographie, espérance de vie...)
1) Si nous voulons sauver notre système par répartition, nous devons être lucides sur ce qui aujourd’hui le fragilise :
Sur la question de l’âge légal de la retraite rappelons juste certaines réalités, sans a priori idéologiques
Nous avons maintenu un âge légal à 60 ans, alors que l’espérance de vie a fortement augmentée (c’est une chance, mais cela pose un réel problème d’équilibre et de financement) :
en 1960, un homme de 60 ans pouvait espérer vivre encore 15,7 ans et donc passer 10 ans à la retraite puisque l’âge de départ était fixé à 65 ans
en 2010, un homme de 60 ans peut espérer vivre 21,8 ans et donc passer près de 22 ans à la retraite puisque l’âge légal est fixé à 60 ans
cela veut dire que le temps passé à la retraite a doublé en 50 ans !
Source INSEE
Notre âge légal de départ est parmi les plus bas d’Europe (60 ans alors que la plupart des pays européens sont au-dessus et que la moitié des pays de l’UE ont un âge de la retraite supérieur ou égal à 65 ans !). Même si notre démographie est plutôt meilleure qu’ailleurs, ce décalage doit nous interpeller.
Cette forte augmentation du temps passé à la retraite, conjuguée à l’évolution démographique fait que le rapport cotisants (actifs) - retraités n’est plus financièrement tenable :
en 1960, il y avait 4 actifs pour 1 retraité
en 2010, il y a moins de 1,8 actif pour 1 retraité
si rien n’est fait, en 2050, il y aura à peine plus d’1 actif pour 1 retraité ! Cela veut dire que dans 40 ans, nos enfants auront financièrement à leur charge leur famille et un retraité !
Notre taux de remplacement est élevé, mais il présente des grandes disparités et des injustices fortes :
Selon l’INSEE, tout confondu (logement...), le niveau de vie des retraités est quasiment équivalent à celui des actifs. C’est une chance mais cela a un coût et pose aussi la question de la valeur du travail.
La vraie question c’est celles de certaines petites retraites : je pense en particulier aux agriculteurs, aux artisans, aux commerçants, aux travailleurs indépendants qui cotisent, mais qui ne bénéficient pas des mêmes droits que les salariés ou les fonctionnaires. Où est l’équité ?
La disparité, on la retrouve aussi entre ceux qui ont accès à un échelon de capitalisation sûr et pas les autres ! (cf PREFON)
Résultat : notre système est au bord du gouffre. Le COR estime que dès aujourd’hui, une retraite sur 10 n’est pas financée ! Le déficit atteint 32 milliards d’euros en 2010 ; 45 Mds€ en 2020 et 100 Mds€ en 2050 !
2) La lucidité nous commande d’agir avec courage et équité
Lucidité, parce que face à ces défis, il n’y a pas 36 solutions ! Pour financer le système, il faut :
soit augmenter les cotisations et donc toucher au pouvoir d’achat des ménages : compte tenu de notre taux de prélèvements obligatoires déjà très élevé, la marge de manoeuvre est très réduite !
soit baisser les pensions : nos taux de remplacement sont globalement satisfaisants, mais cela cache des grandes disparités et ce sont les plus fragiles qui en seraient les premières victimes. Cela me semble difficilement acceptable.
soit travailler plus longtemps parce que nous vivons plus longtemps. Et c’est là, je crois que nous avons la marge de manœuvre la plus forte.
Le courage et l’équité : les deux clés pour déterminer les leviers à actionner et réussir la réforme :
L’équité, c’est bien sûr un rendez-vous de solidarité !
Rechercher l’équité, cela ne veut pas dire sombrer dans la démagogie comme le fait le PS qui veut faire croire aux Français qu’il suffirait de taxer le capital et les riches pour financer nos retraites ! Deux exemples :
les stocks options représentent une assiette de 2 Mds€ : même en les taxant à 50 %, on ne financerait qu’une infime partie du problème.
L’impôt sur les sociétés, avant la crise, c’était 50 Mds€ (deux fois moins en 2009). Même en augmentant son taux de 50 %, on n’aurait toujours pas réglé le déficit des régimes de retraite en 2010 (-32 Md€). En revanche, l’investissement et l’emploi se seraient effondrés.
L’équité, cela signifie juste que chacun doit participer de manière exceptionnelle à l’effort de solidarité nationale : il s’agit ainsi d’envisager une contribution supplémentaire sur les hauts revenus et les revenus du capital. Ces prélèvements supplémentaires seront affectés au Fonds de solidarité vieillesse (FSV).
Enfin, nous ne pourrons pas nous exonérer d’une réflexion sur un rapprochement des différents régimes, pour gagner en lisibilité et en équité.
Le courage : nous devrons être cohérents et assumer que nous allons devoir travailler plus longtemps parce que nous vivons plus longtemps ! C’est un rendez-vous de cohérence dans notre rapport au travail ! Cela veut dire deux choses :
Il faudra sans doute allonger la durée de cotisation.
Mais ne soyons pas hypocrites, allonger la durée de cotisation n’a de sens que si on évolue aussi sur l’âge légal de départ à la retraite, en tenant compte de l’espérance de vie.
Dire qu’on ne touche pas à l’âge légal, c’est tromper les Français sur le montant de leur pension : un jeune qui commence à travailler à 20 ans, s’il doit cotiser pendant 42 annuités, cela veut dire qu’il ne touchera une retraite à taux plein qu’à 62 ans !
Par ailleurs, le fait de reculer un peu l’âge légal de la retraite présente 2 avantages :
1) cela permet de changer la perception que les salariés et les entreprises ont des seniors ! Quand on vit jusqu’à près de 80 ans, à 60 ans, on n’est pas vieux ! Du coup, reculer légèrement l’âge de la retraite peut avoir un impact positif sur l’emploi des seniors qui reste une de nos faiblesses.
2) Cela a un impact financier très fort, car on gagne des années de cotisations et on économise des années de prestations à versées. Le passage de l’âge légal de la retraite de 60 à 61 ans permettrait au régime général de réaliser une économie de 2,7 milliards d’euros en 2020 et un recul à 62 ans une économie de 6,6 milliards d’euros en 2020. Ce n’est pas qu’une logique comptable, mais aussi humaine et de management.
Parce que nous devrons travailler plus, il faut aussi que l’on puisse travailler mieux : les députés UMP se sont fortement engagés sur ce sujet (amélioration des conditions de travail, du management...)
Nous devons aussi étudier la piste d’une amélioration de l’épargne retraite pour les salariés et pourquoi pas pour d’autres catégories pour renforcer les régimes supplémentaires par capitalisation à l’instar de ce qui se fait dans le public avec la PREFON ou par exemple la généralisation du PERCO. |